La fin justifie-t-elle les moyens ?

À l’heure où la police, en France, se déchaîne contre les lycéens qui réclament davantage d’enseignants, des locaux salubres, des repas à tarifs réduits, entre autres, il est temps de relire « Flic » de Valentin Gendrot, compte-rendu d’un reporter infiltré dans la police, paru en 2020.

Journaliste free-lance, il s’est spécialisé dans les reportages en immersion. En l’occurrence, il a suivi une formation de policier, puis a débuté au bas de l’échelle, avant de se retrouver nommé au commissariat du 19e arrondissement à Paris.

Au premier jour de son affectation, il assiste, médusé, au comportement de ses collègues auprès des prévenus, surnommés « les bâtards », le plus souvent des hommes jeunes, noirs, arabes, migrants. Il souligne que les dénonciations pour violence conjugale sont traitées à la va-vite. Et on s’étonne du nombre hallucinant de féminicides dans l’Hexagone (en 2024 : 107 victimes; 270 victimes de tentatives de féminicides, 906 femmes victimes de tentatives suicides suite au harcèlement par l’ex-conjoint.

Selon lui, le code de déontologie de la police a été créé pour un monde parallèle, déconnecté de la réalité. 

Il va passer des mois dans des locaux pourris et conduire des véhicules cabossés. Salaire : 1340 euros. Il apprend un jour qu’un collègue parti en vacances s’est tiré une balle dans la tête. Un suicide parmi les 59 dénombrés par la police française en 2019, soit 60% de plus qu’en 2018.

Il raconte par le menu les dérives du milieu, la violence quasi systématique à l’encontre des suspects, il souligne également une bavure de sa part, et comment il a laissé matraquer un adolescent de 16 ans sans intervenir, allant même jusqu’à participer à la rédaction d’un PV mensonger qui couvrait son collègue. La fin justifie-t-elle les moyens ? Bon sujet de réflexion pour les lecteurs. 

Il s’inquiète quand, au fil des jours et des semaines, il se surprend à modifier son vocabulaire et son comportement. L’indice d’empathie a chuté. Puis il commence à rêver qu’il a été démasqué.

Patrouilles, arrestations, contrôles, mais aussi travail au commissariat, loin du terrain, répétitif, ennuyeux. Et la grossièreté des autres flics. Valentin Gendrot décrit sa vie quotidienne dans une ritournelle de barbarie, de machisme et, ce qui l’interpelle davantage, le sentiment de légitimité dont se croient pourvus les collègues. Toute-puissance étalée sans vergogne, règne des petits chefs, des barons de commissariats qui font régner leurs lois. Comme il ne provoque aucune vague, on le tolère. Un jour, exaspéré par le sentiment de supériorité dont se targue son binôme, il poursuit et arrête un petit dealer. Dès lors, il est vu comme un bon flic.

Hormis quelques actions coup de poing, le journaliste s’attache surtout à décrire les relations existantes entre ces employés d’état censés protéger la population. Il a découvert une mafia dont la bêtise et la veulerie le laissent pantois. 

Il finira par donner sa démission après un an assigné à des tâches modestes et six mois actif dans le commissariat du 19e arrondissement, un secteur réputé sensible.

Pas de scoop, des faits connus qui sont ici révélés dans les moindres détails.   Un livre bienvenu, terrifiant, qui n’a pourtant rien changé.

Valentin Gendrot : Flic, récit, Éditions Gouttes d’or, Paris, 2020, 299 p.


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