Au-delà de l’enfumage mondial
Difficile d’envisager le cauchemar enduré par les proches des voyageurs du Boeing 777 de Malaisie Airlines MH370, disparu le 8 mars 2014. Volatilisé ? Abattu ? Il est resté introuvable depuis mars 2014 – les dernières recherches entreprises au début de l’année 2026 se soldant une fois encore par un échec.
L’affaire est un fabuleux thriller.
Après le « Vol MH370, une vie détournée » (en vérité 239 vies sacrifiées), de Ghyslain Wattrelos, père et mari de trois victimes, où l’auteur mène son enquête perso, émaillée de quelques états d’âme bien compréhensibles, voici le « Vol MH370, la disparition », de Florence de Changy, correspondante pour Le Monde, RFI et Radio France, installée à Hong-kong. C’est la version augmentée de son premier livre sur la question.
Convaincue d’un enfumage mondial propagé par les autorités malaisiennes, soutenues par les États-Unis, la Chine et, dans une moindre mesure, l’Australie et l’Angleterre, qui ont participé aux « recherches » (en vérité un alibi pour détourner l’attention des médias et du public d’une réalité sordide), cette journaliste chevronnée a mené durant des années une enquête concernant le MH370, convaincue qu’un « avion de cette taille, l’un des plus sûrs de l’aviation civile, volant par une nuit à la météo parfaitement clémente, ne peut disparaître dans l’une des régions les plus surveillées au monde ». Sauf peut-être si des extraterrestres se sont mêlés de l’enlèvement d’un Boeing 777 ! Une théorie qui, évidemment, a eu quelques belles envolées lyriques sur les réseaux sociaux.
Florence de Changy a tout exploré, tout analysé, tout remis en question – notamment l’affirmation du changement de direction de l’aéronef –, des aspects techniques de l’avion et de la surveillance radar aux rumeurs, des mensonges aux inventions pures et simples, des déclarations et autres cafouillages politiques aux avis éclairés de professionnels de l’aviation. Elle a joué les grains de sable dans une machine parfaitement huilée de désinformation.
Alors, que s’est-il passé au matin du 8 mars 2014 ?
D’abord, un avion qui disparaît après un peu plus de 40 minutes de vol… Pffft effacé. Transpondeur arrêté manuellement. Mystère, lenteur des interventions de secours, manque de professionnalisme des responsables de Malaisie Airlines, rumeurs de changements de cap du MH 370, en plusieurs épisodes, bien que deux AWACS (système de détection aéroporté) auraient vogué dans le ciel à ce moment-là. Ensuite, le suicide du pilote, à qui sont attribuées des histoires rocambolesques, mariage à la dérive, départ de sa femme et des enfants le jour précédent le vol, maîtresse avec laquelle il venait de rompre – les médias sont très friands des petits drames de la vie quotidienne. Quand rien n’est réel, on invente ! Tout s’est avéré faux. La piste terroriste est également jetée en pâture aux lecteurs, elle se révélera inepte. Et puis, la grande théorie des pings (« acronyme de packet internet groper, nom d’une commande informatique permettant d’envoyer une requête d’une machine à une autre machine. L’analogie avec le ping-pong est que cette commande envoie une trame (le ping) et attend son retour (le pong, la réponse). » ) Et c’est ici que les Britanniques stupéfient la planète, leur entreprise IMMARSAT (communication par satellites) échafaudant LA vérité qui permettra de clore l’affaire, en affirmant que l’avion est allé s’abîmer dans le sud de l’océan Indien, à bout de carburant. À partir de ces affirmations, une mobilisation internationale massive, avec des dizaines de navires et d’avions de plusieurs pays, ont scruté des millions de km carrés dans ce même océan, avec une reprise fin 2025 durant une cinquantaine de jours. Résultat : chou blanc. Le MH 370 joue toujours à cache-cache. Forcément, puisque, selon l’auteure et Ghyslain Watterlos, on ne cherche pas au bon endroit !
Que veulent donc cacher la Malaisie, les États-Unis, la Chine et d’autres ? Parmi les fausses pistes, celle des mangoustans, transportés dans les soutes… sauf que la saison des mangoustans ne tombe pas en mars ! À la place de ces fruits délicieux, Florence de Changy découvre une cargaison clandestine, transbahutée en Malaisie par des Chinois, ni déclarée, ni scannée, qui devait arriver à Pékin. Qu’en était-il de ce chargement illicite ? Apparemment 2,5 tonnes de matériel informatique, assez sensible pour que la journaliste suppute (après enquête fouillée) le scénario d’une manœuvre militaire qui aurait mal tourné, les Américains refusant que ce colis parvienne à Pékin. Plan A : détourner l’avion, récupérer le matériel et le laisser repartir. Mais le pilote refuse de se plier aux injonctions des militaires — supputation de la journaliste, les boîtes noires n’ayant pas été retrouvées. Vraiment ? — Plan B : abattre le Boeing avant qu’il n’atteigne la Chine. Les éléments qu’elle relève sont accablants, jusqu’au fait de diriger des recherches qui vont coûter des fortunes au mauvais endroit et laisser aux principaux intervenants de l’affaire – ce bon Obama est assurément au courant de la vérité, son comportement s’étant révélé des plus curieux après le drame –, le temps de nettoyer les eaux vietnamiennes. Raison des états même pas assumée.
Que des débris aient été miraculeusement découverts sur les côtes africaines beaucoup plus tard ne prouve rien : leur immatriculation avait disparu !
Comme l’a dit un ambassadeur de Chine aux familles : « C’est très compliqué, vous ne pouvez pas comprendre », ou les propos d’un militaire malaisien : « Nous savons des choses que nous ne pouvons pas vous dire ».
Fin de l’histoire.
Florence de Changy : Vol MH370. La disparition. Ed. Les Arènes, Paris, 2021, 525 p.
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