Globalia

Un monde parfait

Rarement un roman de science-fiction aura traité de tous les aspects de notre société avec une telle lucidité : en écrivant « Globalia », Jean-Christophe Rufin invente un monde parfait, une démocratie généreuse, où la liberté d’expression est garantie, la prospérité destinée à chacun, une grande indépendance dans ses choix et ses actions, sans parler de la jeunesse éternelle. Le paradis, entretenu par des canons à… beau temps qui permettent, entre autres miracles, une température idéale. Les Globaliens vivent en paix, sous cloche, ne parlent de rien ou par euphémismes. Ils sont tous politiquement corrects, littéralement abrutis par la désinformation et la publicité, en un mot heureux. 

Mais, comme nous vivons dans l’univers de la dualité, il faut bien qu’il y ait un méchant et du malheur, afin que les heureux élus de Globalia réalisent à quel point ils sont bénis des dieux, leurs dirigeants. D’ailleurs, c’est bien connu, et vieux comme le monde, un bon ennemi est la clé d’une société équilibrée, tout politicien qui se respecte vous le rappellera. Ici, terroristes, mafieux, et une ribambelle de pauvres bougres vivent hors zone. Alors, pourquoi donc un jour, Baïkal décide que sa liberté à lui est d’aller voir de l’autre côté ? Globalia raconte une société très proche de la nôtre, nivelée par le bas, dirigée par une oligarchie fantoche et vieillissante et une économie toute puissante. La médiocrité absolue. Bon plan, elle s’est trouvé un ennemi public, un aventurier qui pousse jusqu’au bout de tous les possibles son désir de comprendre et de vivre une autre vie.

Né en 1952 à Bourges, Jean-Christophe Rufin a été médecin, neurologue à Paris, puis engagé dans l’humanitaire avec Médecins sans frontières. Il a mené de nombreuses missions en Afrique, en Amérique latine, dans les Balkans en Europe, avant de devenir président d’Action contre la faim. Il a également occupé quelques postes dans la diplomatie. 

Il a publié « Globalia » en 2004 (la version Folio est sortie en 2015). Un coup de génie. Il explique lui-même dans la postface qu’il « n’a eu de cesse de défendre un devoir de lucidité politique ». Mais les réflexions qu’il a menées au cours de ses missions « demeuraient cantonnées dans des essais, absentes de mes romans ». La forme à donner à ses observations lui a posé problème, car il cherchait à inscrire ses idées dans une forme romanesque, sans pour autant verser dans « un lourd roman à thèse ». La forme de la science-fiction lui est apparue quasi miraculeuse pour dénoncer notre monde qui court à sa perte ». Il est ainsi surprenant qu’en 2015, ce même auteur écrive « Check-point » (présenté par la Baronne l’an dernier dans cette même rubrique), qui se veut un regard sur l’enfer d’un convoi humanitaire, lequel se révèle si ennuyeux que sa lecture relève du parcours du combattant littéraire !

Jean-Christophe Rufin : Globalia, Gallimard, Folio 4230, Paris, 505 p.

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