Peut-être une fin du monde ?

James Graham Ballard n’est pas connu pour son optimisme béat. Au travers de sa « Trilogie du béton » et de la « Tétralogie apocalyptique », l’auteur britannique, né à Shanghai, a écrit des romans de science-fiction parmi les plus sombres du genre. « Sécheresse », issu de la tétralogie, suit « Le Monde englouti », présenté l’an dernier par La Baronne.

Cette fois, ce ne sont pas les inondations qui, peu à peu effacent les humains de la planète, mais, au contraire, le manque d’eau : il ne pleut plus, toute source de vie disparaît, privant les survivants du courage de se battre : à quoi bon ? Les lits des rivières ne sont plus que poussière, le fond des lacs laisse apparaître des dizaines de coques de bateaux renversées sur le flanc. La chaleur est insoutenable et la désalinisation de l’eau de mer n’est guère concluante.

Construit comme « Le Monde englouti », « Sécheresse » fait appel à un personnage principal, le médecin Charles Ransom qui, ici, vit sur une péniche ensablée. Il est accompagné de quelques antihéros, dont des méchants, une ex-femme dont il ne se souciera plus guère, dès l’instant qu’il observera un lion survivant qui file vers le nord. Pour Ransom, si un lion a survécu, c’est qu’il a flairé de l’eau. Ainsi, contrairement à toute la population qui émigre vers la mer, au sud, il remonte le lit asséché d’une rivière, qui devrait le conduire à la source de la survie. Il est accompagné par une femme qui s’occupait d’un zoo, et à laquelle les félins encore en vie obéissent au doigt et à l’œil. Il prend en charge une vieille femme, ancienne patiente à la recherche de son fils, peu recommandable. 

La survie est laborieuse. Le lecteur lit en vérité un road trip apocalyptique. Curieusement, les personnages ne s’interrogent jamais sur les raisons de cette fin du monde chaque jour plus prégnante. Aucune volonté de mener un combat concerté n’émerge de cette misère généralisée; au contraire, c’est chacun pour soi, sans distinction de race, de sexe, de religion. La recherche de l’eau reste l’unique préoccupation de ces zombies qui hantent les pages d’un désespoir absolu. Cette « Sécheresse » s’accompagne d’une forme de folie intérieure qui transparaît dans un récit qui évolue par soubresauts. Ou alors, l’auteur ne contrôlait plus sa plume, trempée dans ce qu’on pourrait nommer une sacrée prémonition, cette tétralogie remontant aux années 1960. À l’heure où le Nil, l’Amazone et le Colorado – pour ne citer que ces trois grands fleuves – montrent de graves signes d’assèchement, le roman de Ballard apparaît d’autant plus inquiétant.

Toujours est-il que la pluie  semble réapparaître, mais « Ransom ne s’en rendit pas compte ». Point final. Ballard ne s’encombre d’aucune explication, le livre se termine sur une question sans réponse.

J.G. Ballard : Sécheresse, Denoël Éditeur, coll. Folio SF 399, Paris, 2011, 304 p.


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