Quand Adamsberg se surpasse

Pour les aficionados du polar, Fred Vargas coche toutes les cases de la réussite du genre : un flic un peu barge, Jean-Baptiste Adamsberg, une équipe tout aussi larguée, des méandres d’enquête où une chatte ne retrouverait pas ses petits. Et, à propos de félins, un chat qui roupille sur la photocopieuse. L’originalité de cette brigade atypique ne se dément pas au fil des 11 épisodes de la série Adamsberg (plus un douzième recueil de nouvelles). L’ultime récit, « Une Unique lueur », a obtenu des critiques dithyrambiques, tous médias français confondus. A croire que le nom seul de l’auteure suffit à bannir le moindre sens critique. 

Or, si la lecture se révèle comme toujours assez drôle et plutôt bien ficelée, avec des sorties de décor surprenantes, l’auteure n’évite cette fois ni les interminables digressions, répétitions de jeux de mots, et manque de rythme, dû sans doute à ces descriptions qui auraient mérité un petit travail d’élagage. Payée à la ligne, Fred Vargas ?

Des mortes si élégantes

Dans ce douzième opus, la brigade d’Adamsberg est confrontée à des mortes particulièrement bien apprêtées, maquillées, avec bouquets de fleurs, alliance et bracelet orné d’un minuscule sifflet en or massif. Sous la veste pied-de-poule, un trou au niveau du cœur atteste d’un coup de pistolet bien placé. Pas d’effusion de sang, quelle horreur. La belle macchabée repose certes sur le pavé, mais apprêtée avec le raffinement très étudié d’une scène de théâtre. Il y en aura trois, des assassinats en tous points identiques. Un rituel qui ne manque pas de titiller Adamsberg. De Gérard de Nerval à Lauren Bacall, il n’y a qu’une série de réflexions tordues que le Commissaire mène hardiment, au cours de ses déambulations dans Paris. 

Malgré les restrictions de budget de la police, il pousse jusqu’à la Cité des Anges, où il espère rencontrer le créateur du sifflet qui ornait le poignet de Lauren Bacall avant celui des victimes. Un voyage-éclair avec deux collègues, qui suscitera des amitiés improbables parmi les joailliers américains. Et surtout une piste caracolant irrévocablement jusqu’à la l’identité de ce tueur un brin suranné. 

A force de déductions, et malgré les doutes de l’équipe face aux digressions de leur patron, la solution arrive par déduction. Et là, banco, l’autrice met un point, aucun lecteur n’aurait imaginé ce personnage-là 

Fred Vargas : Une Unique lueur, roman, Ed. Flammarion, Paris, 2026, 528 p.


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