La sagesse du grand âge

Seuls les sots se lamentent de vieillir. À chaque âge ses vertus, à chaque âge ses plaisirs.

Cette réflexion émane d’un auteur romain, avocat, philosophe, politicien, dont on connaît le nom sans l’avoir forcément lu, Cicéron. Un personnage emblématique dont les réflexions ont traversé les siècles et même les millénaires. Parvenant à un âge très avancé pour l’époque, il aurait peut-être battu des records de longévité, si Marc-Antoine ne l’avait fait assassiner en 43 avant J.-C., à moins d’un mois de ses 64 ans.

Les écrits de Cicéron ont donc traversé les siècles. Passionné de philosophie grecque, adepte des stoïciens, il a adopté au cours de son existence une attitude détachée, malgré les vicissitudes qui ont émaillé sa vie, notamment la mort de sa fille et son divorce, qui devait le placer en grande difficulté financière. Mais pour lui, la liberté passe par la force d’agir sur nos pensées, nos opinions, nos désirs.

Il rédige « Savoir vieillir » peu de temps avant son assassinat. Et bien que sa lecture apparaisse quelque peu austère, non par la rédaction elle-même, mais par le grand nombre de personnages qu’il cite : Crassus, Caton, Scipion, Quintus Maximus, etc., le propos résonne puissamment à notre époque, où le culte de la jeunesse évince l’expérience des personnes parvenues à l’âge mûr. 

Il divise son essai en quatre parties, qu’il développe : la vieillesse écarterait les aînés de la vie active, elle affaiblirait notre corps, elle priverait des meilleurs plaisirs, elle nous rapprocherait de la mort. À chaque proposition, il répond et argumente. Selon lui, la vieillesse n’est pas le temps de l’inactivité, bien au contraire. Elle a installé la sagesse, la clairvoyance, le discernement, les anciens ayant alors un rôle à jouer comme guide au sein de la communauté. 

Cicéron ne nie pas que la vieillesse affaiblit l’organisme. Il propose de prendre de la hauteur et affirme que la force n’a rien à voir avec les muscles, mais bien avec les connaissances acquises. La force de l’esprit, acquise avec le temps, lui semble puissante et terreau fertile pour la jeunesse qui peut y puiser un savoir qu’elle ignore. 

« Venons-en au troisième grief souvent fait à la vieillesse : elle serait privée de plaisirs…. Il n’est pire calamité pour l’homme que le plaisir du sexe, de fléau plus funeste que ce cadeau de la nature. » Pour le philosophe et avocat, « la quête effrénée de la volupté… est source de la plupart des trahisons ». Il rappelle les excès de la jeunesse, ivresse, banquets qui débouchent sur l’insomnie et l’indigestion. Avec les années, il préférait les rencontres amicales, mâtinées de conversations passionnantes.

Sur la mort qui se rapproche, il ne rejette pas cette réalité propre à toute forme de vie sur terre, humains, animaux, plantes, etc. Il rappelle que la jeunesse, comme le grand âge, peuvent à tout instant être frappés par la Faucheuse. Enfin, pour lui, les êtres, grâce à la mort, sont enfin délivrés de la vie terrestre, qui n’est pas un long fleuve tranquille.

Il conclut que sa propre disparition lui est « légère » et « la vieillesse facile à supporter ».

Plein de bon sens, sans doute un peu douloureux, ce petit essai devrait rassurer les vivants qui s’éloignent du quotidien épuisant de la jeunesse.

Cicéron : Savoir vieillir, essai, Ed. Arléa, 1995, 95 p.


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