Dialogue avec la mort

Connu sous plusieurs noms, il est resté dans les annales de la littérature allemande du Moyen Âge tardif sous l’appellation de Johannes von Saaz, né vers 1350 au Royaume de Bohême, mort à Prague en 1414 ou 1415. Il a étudié en France et en Italie, où il admire le style raffiné de Pétrarque. Après ses études, il devient notaire public, puis recteur de l’école de latin de la ville et enfin, à partir de 1383, il endosse la charge de responsable du registre de la ville de Saas. Il rejoint Prague en 1411 et travaille à la Chancellerie impériale.
En 1383, il épouse Margaretha, qui meurt en août 1400 après l’accouchement de son cinquième enfant. Bien qu’il se remarie en 1411, ce drame l’atteint profondément, réveillant sans doute une âme de poète endormi. Il rédige alors « Le Laboureur de Bohême », publié l’année suivante.
Ce texte, appelé dispute ou joute oratoire, est un genre qui a une longue histoire derrière lui. L’auteur s’en est inspiré pour transcender son chagrin et sa colère. C’est en laboureur littéraire qu’il interpelle la mort, la prenant violemment à partie à propos de la disparition de son épouse bien aimée. La camarde entre dans la joute, lui exposant simplement, voire froidement, les aléas de l’existence. Elle se moque également, dressant par exemple un portrait acide du mariage, dans lequel le pauvre laboureur avait trouvé un tendre équilibre :
« Un homme affublé d’une femme, explique la Faucheuse, a le tonnerre, la grêle, le renard et le serpent chaque jour sous son toit… La femme aspire au rang de maître de maison… Soumise ou sauvage selon ses besoins ».
La dispute bat son plein, la mort évoque aussi « les vanités de l’existence, les maladies de l’âme ». Elle décrit le grand malheur des humains jamais satisfaits, qui ne sont finalement que détresse. Dieu y mêlera son grain de sel, estimant que
« la querelle n’est pas infondée et que tous deux ont bien joué ».
Il accorde l’honneur au laboureur et la victoire à la mort. Dans Sa grande sagesse, il lâche une phrase qui plairait aux féministes des temps modernes :
« En te plaignant de la perte de ton épouse, Homme, tu agis comme si sa vie te revenait de droit » !
Surprenant commentaire pour le XVe siècle.
« Le Laboureur de Bohême » est une suite de courts textes, étalés sur une cinquantaine de pages pour la version théâtrale, éditée aux Éditions des Petites Lessiveries, dans la traduction et l’adaptation de Joëlle Valerio et Julien Barroche. Des pages puissantes, élégantes, qui sont autant d’interrogations sur le destin de l’humanité. Littérature ? Philosophie ?
Le lecteur a de quoi réfléchir.
Johannes von Satz : Le Laboureur de Bohême, dialogue, Ed. Les Petites Lessiveries, La Chaude-Fonds, 2012, 64 p. ill.
les critiques 2025
- Le Laboureur de Bohême
- Les 24 heures du temps
- Urbex
- Fermé pour l’hiver
- Le Monde englouti
- Dialogues en public
- Croire aux fauves
- À pied d’œuvre
- Guerre nucléaire. Un scénario
- Le Chat du bibliothécaire : Succès mortel
- Les Sciences pour les nuls
- Hatshepsout, femme pharaon
- Ombres et poussières
- Les Grandes personnes
- Contre-atlas de l’Intelligence artificielle
- Brooklyn
- Piste Noire
- Rose / House
- Les Mille et une gaffes de l’ange gardien Ariel Auvinen
- La Révolte des Caryatides
- Le Dernier des Weynfeldt

2024
- Dans la tête d’un chat
- Le Côté obscur du cadran
- Dark Matter
- Comment enterrer son mari en toute discrétion
- NO BLACK OUT
- Histoire de l’homme qui ne voulait pas mourir
- L’Homme inquiet
- Les Chances qu’il nous reste
- Mémoire d’une forêt
- Surface
- L’Effet papillon
- Le Troupeau aveugle
- Selfies
- Brunetti entre les lignes
- Sel
- Sur la dalle
- Délivrance. Les Enquêtes du département V, 3
- Le Valet de peinture
- Globalia
- Le Chien de Madame Halberstadt
- Miséricorde
- Carnets des Malouines
- Le MLF du Jura, un processus d’émancipation
- L’Iris blanc
2023
- La Maison des rumeurs
- Check-point
- Allmen et les libellules
- Huit crimes parfaits
- L’Antre du diable
- Câlin papillon
- Électre à La Havane
- À peine un petit mouchoir bleu
- Le Gouffre du cafard
- Pas de fusils dans la nature
- Le Royaume des enfoirés
- L’Argentin
- L’Île du Serment
- Dystopique cahier 1
- Et c’est ainsi que nous vivrons
- Les Masques éphémères
- Clara et la pénombre
- Éléphant
- La Porte de Bosch
- Le Peigne de Cléopâtre
- Petite Brume
- La Pièce
- Le Mystère Croatoan
- L’Affaire des lubies du temps perdu
- De la main d’une femme
- Qu’est-ce qu’un homme sans moustache ?
- La Collection inavouable
- Crâl
- Lucia
- La Ligne obscure
- Les bottes suédoises
- Jours merveilleux au bord de l’ombre
- Les Années glorieuses, t. 2 : Le Silence et la colère
- Azad
- Boniments
- Donner sa langue au chat
- Les Années glorieuses – 1. Le Grand monde
- La Boisselière
- vagabondages solaires
- Le Dernier message – Le Passager sans visage – L’Archipel des oubliés
- Liquidations à la grecque
- Le féminin du temps
- Le baiser d’Anubia
- « Doux comme le silence » et « Les Lunettes de sommeil »
- Cortex
- La fille du diable
- Grenier 8
- Jura – les dompteurs du froid
- L’Arche de Rantanplan
- Fête des pères
