René Gori et la loutre qui se lissait les moustaches

J’avais la vanité de me croire indispensable comme peut l’être un homme prêt à la guerre et au contrôle de son territoire, puis mon ami van Moof a apporté sa roulade au massepain et au miel, alors j’ai découvert que la gourmandise surpasse toutes les passions.

Comme mon ventre s’est légèrement arrondi, j’ai décidé de faire de l’exercice en pratiquant régulièrement le canoë sur les canaux en direction du lac d’Yssel.

Lors d’une pause où je laissais filer l’étrave, Martha, une loutre, s’est accrochée à mon esquif, histoire de papoter et de lisser ses moustaches.

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René Gori et la vaisselle heureuse

L’autre jour, un voisin m’a apporté un Strudel aux pommes et au miel orné d’un papillon en massepain.Des ailes fines, d’une teinte jaune et orange, saupoudrées de sucre vanillé, le tout surmonté par deux antennes en chocolat.

Il s’est présenté sous le nom de monsieur van Moof, originaire de Leiden, travaillant jadis pour l’agence spatiale.

Désormais à la retraite, il s’occupe d’entretenir le graissage des rouages des derniers moulins publics de Hollande. Un patrimoine que la modernité a peu à peu effacé du paysage.

Ce doit être un original.

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René Gori et le retour tragique du lampadaire philosophe

Un voisin s’est présenté, tenant en main les avis que j’avais placardés sur les murs du quartier.

Avec un sourire large et indélicat, il menaça de prévenir les autorités.

Quand un homme d’action est réduit à l’impuissance, il se réfugie dans des réflexions empreintes de gravité et trouve l’apaisement par la méditation.

Une brume d’automne s’est levée, envahissant les rues.

Dépité, j’ai accroché ma casquette de contrôleur au clou servant de patère, démonté mes catapultes et décidé d’une longue promenade nu-tête, un peu de pluie rafraîchirait mes idées.

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René Gori et les trois belliqueuses à plumes

La semaine passée, j’ai perdu le contrôle de mon espace aérien en assistant à l’engloutissement de mon prototype de chasseur en papier.

Mon adversaire, mademoiselle Stuka, encouragée par ce succès, a renforcé ses effectifs.

À cette première et indélicate mouette se sont joints deux mercenaires à la mine patibulaire, mademoiselle Focke-Wulf et mademoiselle Messerschmitt. Ce triumvirat s’est installé sur l’arrête supérieure du toit de la maison d’en face, encore de ce côté-ci du canal, légèrement décalée par rapport à mon habitation – je reste donc à portée de leurs attaques.

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René Gori et la mouette anti-littéraire

Je me brossais les dents au-dessus du lavabo quand je me suis aperçu que la circulation de l’eau dans la plomberie de nos maisons demeurait un mystère.

En effet, comment imaginer les tourbillons et les turbulences qui déferlent dans nos canalisations modernes ?

Un immeuble de quinze étages est comme le bassin versant d’une région immense où circule ce qu’une multitude d’habitants relâche quotidiennement.

Muni d’un entonnoir, auquel j’ai adjoint un flexible de caoutchouc, j’ai sondé et écouté au-delà de mon siphon utilisant le pavillon comme amplificateur sonore.

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René Gori et l’autopsie du passé

J’ai toujours hésité à porter la cravate, car je trouve que ça confère un air sérieux.

Devant la difficulté de choisir la couleur, j’ai renoncé.

C’est vrai à la fin, avec un rouge profond on n’a pas la même tête qu’avec un vert militaire et le bleu s’accorde difficilement avec mes yeux qui sont d’une teinte turquoise et fragile.

J’ai exactement le même problème avec les nœuds papillon, en conséquence je veille à conserver une tenue décontractée, alors les gens me regardent toujours comme si j’avais quatorze ans… la suite à lire sur la page dédiée

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René Gori et la danse de la girafe

Le banc donnant sur la rive d’en face est le promontoire d’une déception renouvelée, car je reste seul avec le nez sur les nénuphars qui dérivent au fil du courant.

Refusant de me désagréger, je me réfugie dans la nostalgie des souvenirs, et ceux-ci, éveillant des joies enfantines, redonnent de la cohérence à ma vie… la suite à lire sur la page dédiée

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René Gori et la vis perdue

Certains se souviennent… La semaine dernière, j’avais entrepris le démontage et la réparation de mon aspirateur.
Tout s’était déroulé parfaitement, mais je n’avais pas trouvé la cause de sa défaillance, écueil m’obligeant à demander l’assistance d’un pays neutre.

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René Gori et l’aspirateur cacochyme

Utrecht n’est pas une ville à la propreté légendaire, certes moins crasseuse que Paris, mais pas aussi impeccable que les insipides villes helvétiques.

Durant ma jeunesse, souffrant d’une anomalie pulmonaire, ma famille et un organisme caritatif me permirent de séjourner sur une montagne suisse dans une ville au nom imprononçable.

Accueilli par des gens adorables, incapables de la moindre méchanceté comme de toute décision, j’en revins un peu plus gras, mais tout autant malade.

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René Gori et les habits gris

Dans la rue la plus clinquante d’Utrecht, trône le musée officiel de l’art moderne, un bâtiment carré sans fenêtres avec l’apparat lisse d’un empilement de plaques en marbre noir : « Le Collapse  Muséum », le LCM pour les habitués.

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