créé par La Cie Fantôme le 10 septembre 2014 au théâtre ABC et joué au Petithéâtre de Sion

Charlotte – Elphie / la domestique – Sandrine Girard / l’enfant (figuration) – Emma / texte et mise en scène – Yves Robert / assistant de production – Julien Moeschler / création lumière – Dominique Dardant / scénographie – Pierre Gattoni / costumes – Janick Nardin / réalisation de l’affiche – Sandra Lizzio / photographies – Catherine Meyer

thématique

L’usage du pouvoir comporte indéniablement une dimension tragique.
L’habitude veut que l’on estime cette tragédie établie sur un axe vertical avec un pouvoir faisant peser le poids de ses décisions sur une base soumise, voire servile.

Mais en 1549, Étienne de la Boétie avec Le discours de la servitude volontaire ou le contr’un questionne et soulève une approche transversale qui place les maîtres et le peuple dans un espace de confrontation ou de compromission horizontale. Le peuple qui ignore ou fait mine d’ignorer sa force en vivant durablement sous le joug d’un tyran ne devient-il pas un « complice-victime » consentant ?

La clef des responsabilités dans le déroulement de la tragédie du pouvoir se trouve ainsi partagée entre les protagonistes. La vision manichéenne qui permettait de séparer le monde dans les catégories simples du dominant et du dominé, du blanc et du noir, du bon et du méchant, du maître et de l’esclave se teinte de gris et de brouillard.

Dès que les vérités prennent des contours flous et qu’il n’y a pas d’explication facile, alors commence le temps du malaise.

Cela pourrait être le sous-titre de ce spectacle : le temps du malaise.

La peinture de Félix Vallotton réalisée en 1913 et intitulée « La blanche et la noire » contient en elle les germes d’un malaise.

D’abord par la nudité et le sexe clairement exposés d’une femme blanche étendue et portant de la rougeur (honte ?) sur le visage. Tout cela mis en perspective par le regard (dédaigneux ?) d’une femme africaine assise au premier plan cigarette au bec.

C’est à partir de ce malaise ressenti à propos de la peinture de Vallotton ainsi que le questionnement sur les rapports de pouvoir et de soumission que c'est établit la construction de notre spectacle.

La blanche et la noire – Félix Vallotton – 1913


L’histoire en 51 caractères
De nos jours, une patronne brise sa domestique et la renvoie.

Les récits
Le travail d’écriture décline « Patronne et domestique » comme un système contenant plusieurs couches de récits.

La première est l’histoire de base, qui peut être racontée en 51 caractères, est le fil narratif qui relie les événements les uns aux autres, leurs donne une cohérence et tient le spectateur en attente d’un dénouement. Les situations sont simples et les enjeux se comprennent aisément. L’ironie et l’imprévisibilité des comportements entretiennent la « ludicité » et un renouvellement des émotions.

Une strate différente raconte l’évolution de la relation entre les deux femmes avec les enjeux de séduction et de domination. Dans cet espace, il n’est pas sûr que la personne dominée soit celle définie par le statut social, car tous jeux de manipulations contiennent leur part de perversité. Les tensions sont fluctuantes et l’avantage de la position n’est pas toujours un gage de réussite. Là se situe le traitement psychologique.

Ailleurs encore se dessine une couche historique et culturelle qui raconte la place et les droits de chacune, évoque les éléments qui déterminent la position obtenue au coeur de la société, soit sur les versants où souffle l’air tiède de l’aisance, soit sur les pentes arides de la misère.

Plus en arrière, comme une fresque marine à la Turner dont on comprend la profondeur seulement avec du recul, nous discernons la possibilité de s’interroger sur notre propre position dans le monde et sur les choix assumés ou non de nos pouvoirs, de nos conforts et de nos soumissions.