du 27 août au 13 septembre 2020


La posture ou la position particulière d'un corps

Dans les temps chahutés et présents, dans ce moment où le mensonge se ment à lui-même, le sens premier de posture se dilue. À l'évocation de ce terme, il nous remonte en bouche comme un arrière-goût « d'imposture ». Ce n'est plus l'expression et l'exposition d'une position particulière qui domine, mais nous pressentons que l'usage de la posture porte en elle avec régularité une signification insincère et hypocrite issue de la tactique.

Par exemple, les postures politiques abreuvent le monde de vérités changeantes et les changements à force d'être la règle perdent toutes particularités. Ces variances ne sont plus une évolution, mais des régressions, au mieux des redites. Les entreprises et leurs bataillons de communicants nous assènent à coup d'injonctions publicitaires une permanence d'irréalité.

Face à cet environnement, ce biotope dans lequel nous errons, nous risquons d'être en définitive dans la posture de l'homme courbé.

Échapper à cela implique la volonté du regard et l'intégrité des questionnements. Il s'agit sans fausse pudeur de faire partie intégrante de l'image du monde et de savoir dénicher ce qui vrille - ne pas avoir peur du déséquilibre, premier pas vers la conscience de l'équilibre.

On peut considérer que trouver la posture ou la position particulière de l'humain dans le monde est une des nécessités de l'art.

Le travail et le parcours de Pierre Gattoni sont établis sur des recherches multiples et variables, entre autres, les arts vivants, le déséquilibre et le questionnement, mais aussi la stabilité du cadre, la certitude et la rigueur. Un observateur inattentif ne percevrait en cela que la fragilité d'un état de paradoxal, toutefois il n'en est rien.

À regarder de plus près, la cohérence se nourrit de l'incohérence, fait sens et vie.

Une des œuvres exposées de Pierre Gattoni représente un personnage dressé sur un socle vertigineux. Il est une figure exposée au pilori du vertige. C'est un empilement de parallélépipèdes rectangles que par simplification nous nommerons - boîtes.

Ces boîtes, volumes stables par essence, construisent paradoxalement une forme qui se brise et se déséquilibre. La répartition et « l'anarchie » des couleurs sur les facettes renforcent les perspectives et nous devinons le personnage en danger, le percevons comme vivant.

Cet empilement devient soudainement une situation particulière, une forme humaine sur lesquelles nous avons loisir de nous projeter. Nous devenons alors spectateur interpelé et troublé par la proposition et nous appréhendons à nouveau le sens premier de posture - la position particulière d'un corps.

Les autres œuvres exposées sont à chaque fois une variation de positions particulières, chacune contenant un temps et une histoire. Chacune nous interpelant sur une séquence de vie spécifique et pourtant commune à la nôtre.

Un éclair de quotidien dans le quotidien, mais avec ce décalage qui force le regard.

Pierre traverse le monde, la vie et réalise un travail artistique avec ce qu'il faut de décalage pour obliger le regard des spectateurs à se porter hors des évidences.

Il occupe la position particulière de l'artiste.

Yves Robert


à propos de Pierre Gattoni

Pierre Gattoni est né en 1958 à La Chaux-de-Fonds. D'une trajectoire éclectique, son travail artistique navigue entre les tempêtes des arts vivants tels que le théâtre et la marionnette et les rives plus solitaires et méditatives des arts graphiques. Son atelier est sa maison, lieu de vie et de création d'où émergent l'inventivité d'une scénographie, les couleurs ou la profondeur d'une peinture en dégradé ou encore les sculptures de personnages en recherche de postures.